

Nous avons le plaisir de vous annoncer la sortie du livre de Catherine Izzo Istanbul carnets curieux aux Éditions le bec en l'air.
Le livre est disponible dans toutes les bonnes librairies!
L'intérêt de son livre mérite toute votre attention !
Parce que plusieurs livres en un seul...
D'abord, 90 photos en noir et blanc qui permettront à tous ceux qui n'ont pas eu la chance de voir ses expositions à Izmir et Istanbul de découvrir toute la sensibilité de son travail sur cette ville qu'elle arpente depuis de nombreuses années.
Ensuite, pour ses déambulations et ses observations sur une ville plongée aux coeurs d'enjeux contemporains, et où l'on découvre un écrivain.
Enfin, pour un glossaire des termes turcs qu'elle emploie, un chapitre intitulé "quelques clefs sur la Turquie" dans lequel Catherine donne à comprendre l'essentiel de ce pays et enfin une bibliographie aussi riche que subjective.
"Un livre de photographie et un guide culturel pour découvrir Istanbul".
Amitiés,
Jean-Pierre Salvetat.
Ci-dessous, extraits du livre de Catherine Izzo, avec l'autorisation de son auteur (copyright: Le bec en l'air):
p. 115
– parfois j’aurai suivi un itinéraire précis, parfois juste un nom sur mon plan
sera le vague prétexte à prendre de fantaisistes chemins de traverse –,
j’aime venir m’asseoir ici.
Installée sur une banquette, le dos bien calé par les petits coussins à dessins géométriques rouge et noir, je goûte un thé, il brûle un peu les doigts. Le tapis Les musiciens accordent leurs instruments, les touristes regagnent les hôtels, disputent d’acharnées parties de tavla. Lorsque la nuit est tombée doucement, les lumières s’allument une à une. Des insectes s’agglutinent aux lampadaires disloqués, la lumière crue se meut lentement en halos brumeux. Les commerçants, d’un pas lourd, partent baisser Le calme revenu, les mouettes, soudain fluorescentes, planent autour Décor de carte postale, pour touristes. C’est ce que je suis ici, même si j’aimerais échapper à ce titre. Quand cesse-t-on d’en être un, dans une ville où l’on vient et revient encore ? Il faudrait inventer un mot qui décrirait cet état singulier. Étrangère, je reste là, longtemps. Pourtant, ce soir, à İstanbul, je me sens chez moi. p.122- 123 J’ouvre une édition des Carnets d’Orient de Le Corbusier, croquis et notes du voyage d’études qu’il fit en 1911 à Constantinople. « Les murs de Byzance, la mosquée du sultan Ahmet, Sainte-Sophie, le Grand Sérail, voilà messieurs les bâtisseurs de villes, ce que vous pouvez mettre dans vos cartables : des silhouettes ! » Et si c’était cela aussi, İstanbul ? Des silhouettes, des contours, des lignes… Lointaines, floues, douces et sensuelles dans la brume ou sous la pluie, nettes et ciselées sous le franc soleil. Minarets, buildings, grues, échafaudages, pylônes électriques, collines – sept, exactement comme à Rome –, dômes, palais, tours, porte-conteneurs, cargos, ponts, forêts. Je croyais enfin avoir saisi la géographie, sinon le sens de la ville. Mais à chaque détour d’avenue, à chaque débouché de rue, à chaque virevolte au fond d’une impasse, à chaque départ ou retour en bateau, à chaque changement de temps, de nouvelles perspectives, toujours surprenantes, s’offrent à moi. Qui brouillent tous mes repères et me désorientent encore. J’étais si sûre de moi. Et tout à coup je n’y comprends plus rien. À nouveau. Là, est-ce Şehzade Camii, Sultan Ahmet, Yeni Camii, la Süleymaniye ? En face, tout au loin, l’Europe ou l’Asie ? Cette eau grise et calme, Marmara ou le Bosphore ? Je m’y perds, avec ravissement certes, puisque İstanbul m’offre ainsi, généreusement, à chaque instant, un visage modifié, mais je continue de m’y perdre néanmoins. Et je suis bien obligée de reconnaître que la ville, avec ses profils versatiles et ses contours mouvants, est énervante, indocile, se refuse à toute certitude et tentative d’appropriation, à toute découverte légère, pressée, superficielle, en quelque sorte. Voilà pourquoi il faut y revenir. Encore et encore… p. 132 İ La ville se rapproche, se resserre, intime, sensible, feutrée. Une dimension nouvelle se dessine, inconnue et voilée, secrète et délicate. Les paysages se diluent, le ciel et les mers s’embrassent. İ d’une grâce exceptionnelle pour qui prend le temps de les contempler. Gris argenté des dômes des mosquées, gris cendré des coupoles des medrese, gris anthracite et mat de l’asphalte, gris porcelaine des marbres des türbe, gris-bleu des fumerolles échappées des frêles cheminées tortueuses, gris-brun des fumées des bateaux, gris éteint et lourd des silhouettes des cargos qui remontent lentement le Bosphore, gris-vert de la colline d’Eyüp, gris tourterelle des fontaines, gris perle de la tour de Galata, gris rosé de la façade du patriarcat orthodoxe grec à Fener, gris sombre de Teodos Suru. La pluie lave les toits de plomb, souligne l’envol des minarets, adoucit le jaune des taxis, assombrit les façades des maisons de bois. Les bateaux ne sont plus que de simples contours fantomatiques, les mosquées de gros animaux fantastiques. On pourrait imaginer ce tableau triste, voire sinistre. C’est juste doucement mélancolique. Les terrasses des çay bahçesi disparaissent, parfois simplement enfouies à la hâte sous des bâches de plastique translucides. À l’abri des petits auvents ou des larges toits des marchés restent quelques tabourets sur lesquels les plus téméraires sirotent le thé éternel. Un ruisseau, au milieu de la rue, dégringole vers les Eaux. J’ai toujours eu l’envie – sans jamais le faire – d’y déposer un petit bateau de papier et de suivre son chemin brinquebalant vers Marmara. À l’intérieur des lokanta les vitres s’embrument. Derrière la buée, les rues deviennent des no man’s land mystérieux et lointains, paysages propices à toutes les rêveries. Le Piyer Loti Kafe, déserté, a enfin l’air d’un vieux café du xixe siècle. En ces jours singuliers, je me plais à imaginer vraiment l’écrivain, sublime et désenchanté d’İstanbul, écrire à sa chère Aziadé – même si je sais que c’est faux.
de la table adoucit la rugosité du bois, tamise les cliquetis de vaisselle,
mes coudes s’y abîment avec délectation.
les marchands sirotent un çay et lisent les journaux du jour, des jeunes gens
De frêles guirlandes, infimes étoiles artificielles, fragiles et gracieuses
arabesques modernes, habillent délicatement murs et porches des magasins.
les grilles des boutiques – grand fracas de ferraille.
des minarets de Sultan Ahmet Camii.
À la tombée du jour, après une longue journée de marche à travers la ville