photographie C.I




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photographie C. I





Foça Phocée

Mon Foça.

Par Jean-Pierre Salvetat, président de l'AMFT.

Foça, cité-mère de Marseille, vieille dame bien vivante.

On a cru longtemps qu'elle fut fondée par les Ioniens 7 siècles avant J-C. Aujourd'hui, les archéologues dégagent des habitats de l'Âge du bronze. Certes, on peut voir en Méditerranée Orientale et en Anatolie en particulier, des sites de cette époque, mais qu'une de ces citées soit toujours vivante, et combien vivante au 21ième siècle, voilà qui m'a toujours paru chose exceptionnelle !

Et qu'elle est chaleureuse cette petite ville de 15000 habitants !

A portée de main, ses îles et leurs rares colonies de phoques moines de Méditerranée, ses deux petits ports, les façades blanches ou de pierre des maisons gréco-ottomanes, ses rochers blancs qui illuminent les collines qui l'enserrent. Imaginez Marseille qui se serait bâtie sur les roches des Goudes ou de Callelongue !

Que de jolis souvenirs m'attachent à Foça depuis que je l'ai découverte en 1991 avec les amis de l'association !

Les yeux bleus et le sourire si amical et sensible de Nihat Dirim, le maire de l'époque. Le dynamisme et l'amitié fidèle de Seçkin, sa collaboratrice. Elle avait gardé de sa mère suisse un accent particulier mais elle était si profondément turque. Et son mari Seymen, force de la nature, si fin et si cultivé. Et l'immense peine de tous, lorsqu'après avoir beaucoup lutté, elle nous laissa un pauvre jour de février 2009.

Le Festival de 1993 et cette nuit inoubliable sur la plage. Autour des feux dansaient ensemble Grecs et Turcs, au rythme de l'accordéon de Muammer Ketenco?lu, extraordinaire musicien aveugle.

D'autres séjours encore...

Pour aller à la plage, il fallait grimper dans un long char tiré par un tracteur. Le conducteur était coiffé d'un chapeau mexicain ! Ils ont aujourd'hui disparu l'un et l'autres remplacés par les taxis et les dolmu?. Le nouveau maire, Gökhan Demira?, image d'efficacité et de modernité, sous l'immense tableau d'Attaturk et de ses proches, nous recevait avec tant d'honneur. Le Festival 2008. Avec quelle ferveur fut chanté l'hymne turc et quelle chaleur dans les applaudissements qui saluèrent le groupe folklorique de l'île de Lesbos ! Et quelle joie à regarder, tard le soir, nos amis archéologues et marins, griffonner, sérieux et concentrés, sur les nappes en papier, les ébauches de ce que sera bientôt la réplique du bateau ionien qui arriva à Marseille, un beau jour de l'an -600...

Et puis ce journaliste devenu pêcheur, au visage ascétique et au sourire si généreux, les sorties en mer sans apercevoir le moindre phoque, les cafés, thés, rak?, vins blancs aux terrasses des bistrots du port, les rougets, daurades, calamars, poulpes, gambas de ses petits restaurants...

Le rayon vert disparaît dans la mer sous les parasols coniques de la plage... Foça.

Phocée et Marseille par Didier Laroche, architecte, responsable du Centre de Recherches Historiques Antoine Galland, CCCL Izmir.

Marseille fut fondée vers 600 avant J.-C. par des colons grecs venant de Phocée (Phokaia), ville située à la limite de l'Ionie et de l'Éolide, sur la rive anatolienne de la mer Egée. Phocée elle-même était une colonie très ancienne, fondée par des Athéniens – ou des Phocidiens – selon les sources. Le Phocéens fondèrent également Ampurias en Espagne, Alalia en Corse et Vélia près de Naples. Dans un deuxième temps, les Phocéens établis en occident fondèrent d'autres comptoirs, notamment sur la méditerranée, à partir de Marseille : Nice, Hyères (Olbia), Antibes (Antipolis), Arles, Monaco...
Ce phénomène appelée un peu improprement « colonisation », car en réalité ces installations se limitaient souvent à des ports, a mis les Grecs en contact avec de nombreux peuples autochtones de la Méditerranée et a contribué à la diffusion de la culture classique.
L'épisode des noces de Gyptis et Protis et donne sans doute une image un peu trop idyllique de ces contacts, mais il témoigne cependant d'un certain équilibre dans les relations entre les nouveaux venus et les populations indigènes. En tous cas, dans le cas des Phocéens, leur activité commerciale intense (Emporion) et leurs compétences navales reconnues leur assura une place importante jusqu'à la conquête romaine.
Parce que leurs vestiges gisent sous des constructions modernes, Phocée et Marseille sont tous deux des sites mal connus, malgré les efforts des archéologues déployés chaque fois qu'une occasion d'explorer le sous-sol leur est offerte. Cependant, on a pu reconnaître de nombreux traits communs entre ces deux villes, bien que Marseille ait connu un développement historique exceptionnel, alors que Phocée, soumise d'abord aux Lydiens, fut ensuite ravagée par les Perses et sa population dispersée. Bien qu'elle fût refondée, quelques kilomètres plus au nord, au moyen-âge par les Gênois, Phocée pâtit de la présence d'Izmir (Smyrne), la nouvelle partenaire de Marseille pour le commerce entre l'Orient et l'Occident.
Dans un cadre naturel similaire, les traditions architecturales des deux villes sont restées longtemps proches; à Delphes on n'hésite encore à attribuer à Phocée ou à Marseille le magnifique trésor éolique découvert par les fouilles françaises. Les épaves trouvées récemment dans le port de Marseille sont sans doute un témoignage des traditions constructives phocéennes.
Dans les deux villes, on a trouvé des statuettes représentant la déesse Cybèle, qui est un avatar de la déesse anatolienne Kubaba. Enfin, les Phocéens ont importé deux éléments importants de la culture méditerranéenne : le vin et l'olivier.

Sources :

- JUSTIN, Abrégé des Histoires Philippiques de Trogue Pompée, (Livre XLIII, chap. III, 8-11)
- Jean-Paul MOREL, Marseille dans le mouvement colonial grec, Dossiers d'Archéologie, Marseille, n° 154, nov. 1990, p. 4-13.
- Patrice POMEY, Les Epaves antiques de la Place Jules Verne à Marseille, L'Accent, 1993, n° 8, p. 1-2.
- Daniel DROCOURT, A la recherche de l'antique Phocée, Marseille, n°189 (1999), p. 30-36.
- Ömer ÖZGİYİT et A. ERDOĞAN (Izmir, Turquie), Les sanctuaires de Phocée à la lumière des dernières fouilles, Etudes Massaliètes 6 (2000).